On parlait du mythe des aliments allégés et de la pensée magique. J'ai eu 7 minutes pour déglinguer des idées reçues et des croyances (les yaourts allégés, le surimi, les jus de fruits, le soda light, le chocolat noir), pour que vous puissiez faire vos choix en connaissance de cause, pour de bonnes raisons et non pas pour satisfaire aux sirènes du marketing.

C'était en direct, sur France 5, entre 13h30 et 14h30, sur le Magazine de la santé. Vous pouvez retrouver la chronique en cliquant sur ce lien et lancer la vidéo ou en relire le contenu, mis en ligne par le site www.allodocteurs.fr

N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, réflexions et pensées sur ce sujet. Les commentaires vous sont ouverts !

La prochaine, c'est à la même heure, lundi 12 janvier !

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Entre pilonnage de l'industrie agro-alimentaire et recommandations scientifiques, on ne laisse pas beaucoup de place à chacun pour décider du bien-fondé de manger un produit laitier à chaque repas. Tous les jours, je vois des patients qui s'obligent à terminer leur repas par un yaourt, pour être sûrs d'avoir suffisamment de calcium, au risque d'avaler des calories, sans plaisir, sans envie et sans besoin…

Prendre du calcium, c'est bien ; le fixer, c'est mieux. Pour ça, il faut de la vitamine D, qu'on trouve en petite quantité dans les produits laitiers, certains aliments gras (c'est une vitamine qui est dissoute dans la graisse donc, logique !), mais surtout, notre corps la fabrique grâce aux rayons du soleil sur notre peau. S'exposer 1/4h par jour, dès qu'on le peut, c'est une première bonne résolution. J'en veux pour preuve que, en Suède, les taux d'ostéoporose (pathologie des os qui sont fragilisés) sont les plus importants d'Europe et pourtant les suédoises sont aussi les plus grandes consommatrices de produits laitiers. La lumière, je vous dis, la lumière…

Alors qu'au Japon où on ne consomme pas de produits laitiers (en tous cas dans l'alimentation traditionnelle), on ne tombe pas en poussière à 50 ans. Parce que du calcium, on en trouve ailleurs que dans les produits laitiers. Où ? Dans l'eau (si elle contient plus de 150 mg/L), les sardines, les langoustines, les amandes, les choux (surtout les 2 sortes de choux chinois), le tofu, le sésame. Tiens, c'est rigolo, c'est dans des produits plutôt asiatiques… 

Et puis levons l'amalgam qui est fait sur les produits laitiers : certaines personnes – c'était le cas de Rachida Brakni qui était l'invitée du Grand 8 -, ne prennent pas de lait parce qu'elles ne le supportent pas. C'est souvent à cause du sucre du lait, le lactose. Bon à savoir : il n'y a pas de lactose du tout dans le fromage. On peut donc être intolérant au lactose et manger du fromage sans problème !

Mais surtout, surtout, si on sent qu'on ne supporte pas bien les produits laitiers, qu'on ne les digère pas, il n'y a aucune raison de se forcer sous prétexte que ce serait bon pour la santé. Ecoutez-vous, mangez-en si vous sentez que vous en avez envie ou besoin mais ne vous forcez surtout pas pour de mauvaises raisons ! Libérez-vous des diktats hygiénistes de l'alimentation.

J'espère bien pouvoir faire entendre mon cri dans la nuit !

Je sais, je sais, j'avais dit, il y a quelques temps, que je ne parlerais plus de Dukan dans ce blog. Mais là, ce soir, à 19h sur Europe 1, avec Nicolas Poincaré, je ne parlerai pas DE Dukan mais A Dukan. J'espère pouvoir faire entendre la voix du futur face à cet homme du passé, qui ne pense que chiffres, pesées, lutte contre l'obésité mondiale, hygiénisme, lissage des différences, balance énergétique…

Le futur, c'est trouver son chemin, se faire du bien, être attentionné et bienveillant et aller à la rencontre de soi-même, de son poids, de son corps.

Il y a quelques jours, on a entendu partout dire que l'obésité des enfants avait reculé de 16%. C'était un chiffre tellement important qu'il a été relayé dans tous les médias, quel que soit le support. Une journaliste m'a appelé pour savoir ce que j'en pensais mais je n'en pensais pas encore grand-chose vu que je ne savais rien de cette étude. Maintenant qu'on m'a obligé à réfléchir, je me suis forgé un avis et je le partage avec vous.

J'ai déjà demandé de quoi on parlait : c'est une étude qui a été réalisée par la DREES (un organe du Ministère de la Santé : la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), qui donne lieu à 1/4 de page sur leur site et qui a été menée en 2004 et 2005 auprès de 23000 enfants. Là, les bras m'en sont tombés. C'est la seule info qu'on n'a pas entendue : que cette étude date d'il y a 5 ans et qu'on nous balance les chiffres comme si ils étaient actuels. 

Chacun y est allé de son couplet, de son interprétation : pourquoi les chiffres reculent-ils alors qu'ils étaient stables depuis plusieurs années ? Evidemment, quand on réalise que cette étude date de plusieurs années, on a tout de suite moins envie d'en interpréter les résultats. Et surtout, surtout, on se demande à qui profite le(s) crime(s) : celui de l'avoir gardé sous le coude depuis 5 ans et celui de ne la sortir que maintenant ??! Et puis enfin, on se dit qu'on nous prend pour des pantins et qu'on aurait intérêt à se pencher un peu plus avant sur les informations que veulent bien nous donner les médias !

Il faut descendre tout droit de la planète Mars pour ne pas avoir croisé quelqu'un qui vous ait parlé du régime Dukan cette année. Ou qui lise son livre dans le métro. Ou qui le photocopie au bureau. Ou qui vous parle de ses délicieuses galettes de son d'avoine. Il faut dire qu'avec 2 millions de livres vendus et la une de l'Express il y a quelques semaines, cela tient du phénomène. 

Pour faire court, la méthode, c'est quoi ? C'est un régime hyperprotéiné, ni plus ni moins, à base de protéines maigres naturelles. On élimine ainsi le maximum de lipides (gras) et lorsqu'on a droit (semaine faste !) à des légumes, on se régale grâce à de délicieuses recettes de vinaigrettes à base de vinaigre ou jus de citron, eau, sel et poivre. Tant qu'on y est, on enlève aussi tous les apports de glucides (sucres) des féculents, produits céréaliers et fruits (excepté au petit déjeuner où on peut manger le fameux son d'avoine). J'avais déjà fait une note sur les régimes hyperprotéinés pour en expliquer le fonctionnement et l'effet pernicieux : si on a une volonté en acier trempé, on peut éventuellement mener pendant quelques temps ce type de régime. Mais un jour, il faut en sortir. Là où le promoteur de ce régime est ultra malin, c'est qu'il dit que pour ne pas regrossir, il faut, A VIE, maintenir 1 jour / semaine cette alimentation ultra drastique. Si vous ne le faites pas à vie, la pérennité des résultats n'est pas garantie mais ce ne sera pas faute de vous l'avoir dit !

Cela signifie qu'une grande majorité des personnes qui entament ce régime reprendront intégralement le poids perdu et bien souvent bien plus. Une de mes amies qui travaillait pour un fabriquant de produits hyperprotéinés estimait à 2% le nombre de clients qui, après une perte de poids en suivant un régime hyperprotéiné, la maintenait sur plus de deux ans

Et si pour une fois on essayait de regarder les choses avec un minimum de lucidité. Si on arrêtait de s'infliger une alimentation dénuée de tout plaisir, de toute saveur et de toute convivialité dans l'espoir d'une performance à court terme. Si on essayait d'entrer dans une recherche de perte de poids avec sensibilité, intelligence, bienveillance et respect de soi… Si, si, c'est possible !

OK, c'est le titre d'une chanson qui m'a bien fait rigoler tout l'automne et qu'on chante à tue-tête mais là, ça me fait rire très moyennement. Pourquoi ça m'énerve ? Mais parce que les magazines féminins nous re-pompent l'air pour la Xième année avec leur menu détox d'après les fêtes. 

Voilà une bien belle invention de début de siècle : le menu Détox. Certes, dans toutes les religions, dans toutes les cultures, il y a des périodes de jeûne mais qui sont souvent associées à une démarche spirituelle et qui suivent ou précèdent une période de "gras". Donc, ce qu'on nous vend bien emballé comme une nouveauté n'est autre qu'un vieux truc recyclé. Waouh, quelle innovation : le corps a besoin d'un menu détox pour se détoxifier ! Mais on a des organes qui fonctionnent impeccablement, pour ça, comme le foie ou le tube digestif. Et on a des systèmes de régulation, aussi, qui nous incitent à boire des tisanes et des bouillons quand on a abusé et qu'on sent qu'une petite diète nous ferait du bien. Pas besoin de recettes prétendûment miracle, ni de bouquins onéreux, ni de super-experts pour dire ce qu'on ressent très bien : quand on a une migraine un peu flottante et la nausée au bord des lèvres, quand on sent que manger n'apporterait aucun plaisir mais au contraire semble être une contrainte… on s'arrête de manger jusqu'à ce que l'appétit revienne ! Et hop, on vient alors de faire un menu détox sans le savoir. Il suffit d'entendre ce que le corps dit !

Eh oui, les obèses augmentent, nous sommes obèses de plus en plus jeunes, il y a de plus en plus de malades d'une nutrition inadaptée aux besoins de l'organisme et pourtant…

Pourtant, nous sommes sur-informés sur ce qu'il convient de faire et de ne pas faire ; nous pouvons lire les messages de prévention sur les pubs alimentaires ; même quand on ne sait pas lire, des petits légumes ou fruits en dessins animés divulguent les mêmes informations aux cerveaux bien perméables de nos enfants ; les médecins généralistes, pédiatres, ne cessent de nous mettre en garde sur le fait que la France grossit ; on montre du doigt les américains et les anglais en nous menaçant de finir un jour comme eux…

La seule chose qu'on ne se demande pas, c'est si ces messages de prévention sont non seulement entendus mais aussi compris, intégrés, adaptés, traduits ; c'est si cette prévention ne génère pas elle aussi ses propres effets toxiques ; c'est si l'argent dépensé ne pourrait pas être utilisé de manière plus ciblée, plus adaptée, mieux réparti. Combien nous faudra-t-il de PNNS pour nous dire que nous marchons sur la tête ? Combien de millions dépensés pour apprendre aux enfants à petit déjeuner, à savoir qu'il ne faut pas manger deux féculents au même repas, qu'il faut 3 produits laitiers et 5 fruits et légumes alors que nous ferions mieux de nous intéresser à leur développement du goût, à les familiariser avec des produits inconnus de leur famille, à leur apprendre à faire la cuisine, à se servir de leur nez et de leurs yeux pour évaluer la fraîcheur d'un produit (plutôt qu'à la date limite écrite sur le pot de yaourt), à travailler avec eux sur leur faim et leur envie de manger, à les emmener dans les magasins pour qu'ils se rendent compte par eux-mêmes de ce qu'on leur vend, à leur faire faire des maths en leur faisant comparer des prix et en leur démontrant que même quand on achète en grande quantité, on n'achète pas forcément moins cher au kilo…

Bref, les aider à devenir des consommateurs avertis, des mangeurs heureux et non des malades en puissance qui ont l'impression de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête et de transporter un sac de culpabilité bien plus lourd que les quelques kilos qu'ils ont peut-être en trop.