Maigrir_sans_danger_detail60 millions de consommateurs s'est attaqué à un monument du business : le régime ! Dans ce hors-série, on nous laisse la parole, à nous nutritionnistes, médecins, endocrino, diététiciens, psychologue, ceux qui ont aujourd'hui une "autre" manière d'envisager la question du poids.

Les régimes y sont passés au crible dans un ban test. Et puis une bibliographie fournie, donne des idées de livres pour aller plus loin, en fonction de ses affinités avec telle ou telle parole de spécialiste.

Mais surtout, 5 articles de fond donnent un aperçu assez large de la prise en charge "moderne" du poids.

L'article que j'y ai rédigé permet d'explorer un sujet d'inquiétude permanent chez mes patients : "peut-on encore maigrir après moults régimes ?". J'y décortique les raisons qui amènent à regrossir après un régime ; et puis je décris des moyens pratiques de faire la paix avec son alimentation en s'écoutant et en se respectant en tant que mangeur avec ses goûts, ses besoins, ses rythmes et ses envies.

 

Il est en vente jusqu'au 9 juin…

Un petit clip, ce n'est pas courant sur ce blog mais celui-là m'a fait rire et m'a semblé illustrer parfaitement l'engrenage de la restriction cognitive : je mange en ne pensant qu'aux kilos que j'ai envie de perdre, je me restreins, je me frustre, je lâche parfois, je culpabilise à mort et je recommence à me frustrer… et ainsi de suite. Sur des périodes de temps longs, ça donne : je ne mange plus ce que j'aime, je mange peu, je maigris, je suis content, je recommence à manger, parfois je me lâche, je regrossis et ainsi de suite…

Alex l'explique bien et en plus c'est drôle. Merci à Philou de me l'avoir envoyé !

Finalement, il y a une réponse que je n’ai pas faite à Michel Cymès sur Europe 1, samedi dernier : il m’a demandé si il y avait au moins un des 10 magazines parmi ceux étalés sur la table devant nous, qui trouvait grâce à mes yeux…
Je vais déjà décerner mon bonnet d’âne absolu : je ne sais pas qui est à l’origine de ce tissu d’inepties ; il s’agit d’un premier numéro qui s’appelle "je vais maigrir" et qui est bourré d’erreurs et de conseils dangereux pour la santé. Il prône par exemple un régime à 800 ou 900 calories… on connaît depuis longtemps les effets délétères d’un régime de ce type : néfaste pour l’équilibre physiologique, l’équilibre psychologique, la vie sociale. Un régime de ce type, c’est 2 kilos perdus en 7 jours et 4 repris dans le mois ou les deux mois qui suivent ! Donc, boycottons ce magazine qui n’aura pas de numéro 2, en tous cas, je l’espère.
Ensuite, vient la masse des 8 autres qui présentent le énième régime plus ou moins équilibré, souvent hyperprotéiné, très souvent hypocalorique… bref, j’ai dit déjà tout le mal que j’en pensais…
Du côté de ce qu’on peut retenir, il y a Prima (n°295 – mars 2007), qui me semble aborder le sujet de la diversité des femmes avec le plus de tolérance possible. Je dis "tolérance possible" car il ne faut pas exagérer, on est quand même dans un magazine féminin… c’est là qu’il est écrit que la nouvelle tendance pour les années à venir, c’est le "rond". A cette lecture, on se réjouit, on se dit que chouette, enfin, on va pouvoir profiter de nos formes arrondies ; que nos hommes vont pouvoir au grand jour assumer leurs préférences ; qu’on ne sera plus dans un schéma de restriction permanente… On se prend à rêver, pendant quelques lignes jusqu’au moment où on arrive à la déclaration d’une directrice de bureau de style qui nous annonce que le critère de beauté en terme physique sera : "dodu mais ferme, rebondi mais pas gras". Et là, les bras m’en tombent : le dodu et le rebondi, c’est du gras qui recouvre avec moëlleux les os et les muscles. Alors faire du gras mais ferme ou du gras mais pas gras !!!… je pense qu’on n’a pas fini de sortir de nouveaux régimes miraculeux qui nous promettront de réussir cette performance ! Outre ce passage qui, à première vue peut sembler optimiste mais qui ne l’est pas tant que ça, je trouve qu’il y a quelques conseils de tolérance par rapport à soi, d’exemples de bombasses (Monica Belluci, Emmanuelle Devos, Liv Tayler, Kate Winslet) qui ne rentrent pas dans du 38 ni du 40 et qui pour autant semblent assumer leurs formes… les recommandations tournent bien sûr autour du triptyque : alimentation, activité physique et crèmes pour le corps… on ne les refera pas !
Néanmoins, les exemples de menus sont plutôt tentants même si ils sont infaisables (parce que trop peu détaillés dans leur mode de réalisation) mais je pense que le but est d’acheter le bouquin du médecin dont les menus sont extraits. Merci quand même à ce magazine car je lui dois assurément mon plus grand éclat de rire lors de ces lectures instructives : dans un des menus déjeuner, il est proposé un filet de boeuf grillé avec 3 à 5 cuillères à café (!) de pâtes et des haricots verts à la sauce tomate… Personnellement, j’ai essayé de faire tenir un penne dans une cuillère à café, ça déborde ! ou alors, il faut se mettre aux coquillettes et je pense que ça doit faire une trentaine de coquillettes !!! Là, on frise le ridicule alors je préfère penser qu’il s’agit d’une coquille(tte) à la frappe !
La caution d’un médecin ou mieux (!) d’un médecin nutrionniste lorsqu’on vend un régime magazine ou un nouveau bouquin miraculeux semble être un argument de poids pour crédibiliser la méthode. La question qui se pose est de savoir par quelle gymnastique les médecins ont réussi à se placer sur le créneau des régimes amaigrissants…
Il faut bien sûr distinguer les régimes amaigrissants des régimes liés à une pathologie et obligeant le patient à adapter son alimentation (maladie métabolique, cardio-vasculaire, digestive…) et ça, j’en ai parlé dans un précédent texte. Dans ce cas là, le médecin fait son travail et s’appuie sur ses connaissances médicales et la globalité de son approche pour proposer au patient les règles d’hygiène de vie et d’alimentation qui vont lui permettre d’améliorer son tableau clinique. D’ailleurs, logiquement , le médecin spécialisé – qui n’est pas un spécialiste de l’alimentation – fixe un cadre alimentaire et devrait travailler main dans la main avec un diététicien qui lui, connaît bien les aliments, les pathologies et les trucs et astuces qui vont permettre au patient de tirer le meilleur parti de son alimentation. Mais ça, ce n’est déjà pas très courant… Et ça l’est encore moins de conseiller au patient de voir un psychologue pour éviter les effets que j’ai décrit dans le texte intitulé "psychologue nutritionniste pour quels patients ?".
Ce qui l’est en revanche beaucoup plus, c’est que les médecins nutritionnistes cautionnent, valident, ou publient un régime amaigrissant dans les magazines ou les livres qui fleurissent ces jours-ci. Là où je m’étonne, c’est que lorsqu’il s’agit de perdre quelques kilos lorsqu’on est dans ce que la norme médicale considère comme un "poids normal" ou en "surpoids", voire même en "obésité" après de nombreux régimes et reprises de poids, il ne s’agit quasiment jamais d’un dérèglement organique. Or le médecin a pour mission de s’occuper de "malades" qui ont un organe ou un ensemble d’organes défaillants. Lorsqu’on parle de souhait de maigrir, on parle de comportement alimentaire, de déséquilibres des apports alimentaires, on parle d’émotions, d’affects, d’image sociale, de culture mais on ne parle pas d’un dérèglement organique… Donc celui qui souhaite maigrir n’est pas un "malade". Au même titre que personne ne considérerait comme "malade" une personne qui irait retoucher une partie de son corps en chirurgie esthétique : le patient fait un choix de changer d’apparence, et est motivé par des raisons sociales ou personnelles et non des raisons médicales… contrairement à celui qui a une pathologie qui nécessite d’autres types d’intervention chirurgicale !
Finalement, donc, on accrédite des médecins dans leurs méthodes amaigrissantes alors que leurs compétences sont ailleurs… on va continuer à voir pousser longtemps des régimes préconisants de mettre moins dans la machine (régimes hypocaloriques) et d’augmenter les dépenses (l’activité physique) pour déséqulibrer la balance énergétique… Ca paraît logique, comme ça, mais c’est ce qui fait le lit du régime yoyo et c’est considérer l’organisme comme une machinerie thermodynamique, ce qui est profondément réducteur puisque nous ne sommes pas uniquement le siège d’échanges énergétiques et thermiques mais aussi d’émotions et d’affects qui vont avoir leur influence sur la façon dont fonctionne la machine…
Notre saga des régimes de l’été continue : première approche des grands titres et on voit déjà se dessiner toute l’ambivalence des rédacteurs/trices des articles qui nous incitent de toutes manières à maigrir mais en s’inscrivant dans le discours politiquement correct de l’équilibre alimentaire…
Nous sommes le 28 février et déjà 4 titres affichent des accroches raccoleuses telles que : "spécial minceur, 7 jours pour perdre une taille" (Marie-Claire), "une taille en moins en gardant nos belles rondeurs avec le plan triple action" (Prima), "Maigrir mieux avec le nouveau régime brûle-graisses" (Top Santé), "Spécial maigrir : mangez plus, mangez mieux, vous perdrez du poids" (Votre Beauté)… A la simple lecture de ces titres, on se rend compte de l’ambivalence qui siège dans ces magazines : à la fois le souhait de ne pas se restreindre (manger plus, manger mieux, garder nos belles rondeurs) mais en même temps, perdre du poids pour atteindre le nirvana social : être mince ; et être mince, ça passe forcément par la fait de faire un régime donc… de se restreindre. C’est un truc complètement pervers parce qu’à la lecture de tout ça, on a l’impression qu’on ne peut pas sortir de ce cercle vicieux. En même temps, il est basé sur un postulat que les magazines féminins continuent à édicter comme une règle : pour vivre bien, pour être heureux, pour vivre longtemps… il faut être mince !
Je ne parle pas des magazines spécialisés : quelle n’a pas été ma stupeur de découvrir que deux titres font leur gras sur le dos de celles et ceux qui veulent en perdre : "Je vais maigrir" et "Savoir maigrir". A l’intérieur, on trouve tout et n’importe quoi, une sorte de synthèse de ce qu’on trouve en mars et avril dans les magazines féminins mais là, c’est 6 fois par an (l’un des deux est un bimestriel et l’autre, une nouveauté, premier numéro, qui sort d’on ne sait où)!!! Ahurissant parce que ça signifie que toute l’année, ils peuvent vendre un nouveau régime miracle (ou produit miracle ou méthode miracle) et que chaque mois des hommes et des femmes y croient !!!! Bon, je vais l’écrire, alors : il n’y a pas de régime miracle et il n’y a pas de miracle dans le domaine de la nutrition !
Voilà, c’est dit… En revanche, il y a une écoute à développer par rapport à soi-même, à son corps, à ses envies, à son histoire et tout ça contribue à rétablir le dialogue entre la tête et le corps et petit à petit à se réconcilier avec son corps, à stopper l’obnubilation sur les kilos, les rondeurs et les bourrelets.. qui, comme par hasard, commencent à s’effacer à ce moment là, sans qu’on n’y pense plus…
Aaah, le printemps, les températures qui s’adoucissent, les premières jacinthes dans les jardins, le mimosa et ses petites boules odorantes, les kiosques et les unes mono-maniaques des magazines…. Pour les magazines féminins aussi, le printemps correspond à une période de ponte  : celle de leurs régimes-miracles. Cette année, il semblerait que ce temps tant attendu soit un peu précoce : peut-être l’effet de la douceur de l’hiver et les températures clémentes qui nous rappellent qu’après l’hiver vient le printemps puis l’été et qu’il va falloir penser aux maillots de bains ! Pas grave si on vient de sortir des unes des mêmes magazines qui nous expliquaient qu’après les fêtes, il ne fallait pas chômer pour perdre les kilos pris par trop de gourmandises… Tant pis si ces mêmes unes sont parfois légèrement tiraillées entre différents états d’esprit : continuer à promouvoir que la minceur est la référence de beauté unique pour toutes les femmes tout en tenant un discours politiquement correct – afficher qu’il ne faut plus s’affamer et qu’il faut manger équilibré… C’est quand on entre dans le détail des pages qu’on se rend compte qu’on nous raconte tout et n’importe quoi. C’est la Cabane à Ginette : tout le monde peut y trouver quelque chose.
Durant les prochaines semaines, je vais m’employer à faire du tri parmi ce qui est écrit et porter un regard critique sur ce dont on nous abreuve.