Finalement, il y a une réponse que je n’ai pas faite à Michel Cymès sur Europe 1, samedi dernier : il m’a demandé si il y avait au moins un des 10 magazines parmi ceux étalés sur la table devant nous, qui trouvait grâce à mes yeux…
Je vais déjà décerner mon bonnet d’âne absolu : je ne sais pas qui est à l’origine de ce tissu d’inepties ; il s’agit d’un premier numéro qui s’appelle "je vais maigrir" et qui est bourré d’erreurs et de conseils dangereux pour la santé. Il prône par exemple un régime à 800 ou 900 calories… on connaît depuis longtemps les effets délétères d’un régime de ce type : néfaste pour l’équilibre physiologique, l’équilibre psychologique, la vie sociale. Un régime de ce type, c’est 2 kilos perdus en 7 jours et 4 repris dans le mois ou les deux mois qui suivent ! Donc, boycottons ce magazine qui n’aura pas de numéro 2, en tous cas, je l’espère.
Ensuite, vient la masse des 8 autres qui présentent le énième régime plus ou moins équilibré, souvent hyperprotéiné, très souvent hypocalorique… bref, j’ai dit déjà tout le mal que j’en pensais…
Du côté de ce qu’on peut retenir, il y a Prima (n°295 – mars 2007), qui me semble aborder le sujet de la diversité des femmes avec le plus de tolérance possible. Je dis "tolérance possible" car il ne faut pas exagérer, on est quand même dans un magazine féminin… c’est là qu’il est écrit que la nouvelle tendance pour les années à venir, c’est le "rond". A cette lecture, on se réjouit, on se dit que chouette, enfin, on va pouvoir profiter de nos formes arrondies ; que nos hommes vont pouvoir au grand jour assumer leurs préférences ; qu’on ne sera plus dans un schéma de restriction permanente… On se prend à rêver, pendant quelques lignes jusqu’au moment où on arrive à la déclaration d’une directrice de bureau de style qui nous annonce que le critère de beauté en terme physique sera : "dodu mais ferme, rebondi mais pas gras". Et là, les bras m’en tombent : le dodu et le rebondi, c’est du gras qui recouvre avec moëlleux les os et les muscles. Alors faire du gras mais ferme ou du gras mais pas gras !!!… je pense qu’on n’a pas fini de sortir de nouveaux régimes miraculeux qui nous promettront de réussir cette performance ! Outre ce passage qui, à première vue peut sembler optimiste mais qui ne l’est pas tant que ça, je trouve qu’il y a quelques conseils de tolérance par rapport à soi, d’exemples de bombasses (Monica Belluci, Emmanuelle Devos, Liv Tayler, Kate Winslet) qui ne rentrent pas dans du 38 ni du 40 et qui pour autant semblent assumer leurs formes… les recommandations tournent bien sûr autour du triptyque : alimentation, activité physique et crèmes pour le corps… on ne les refera pas !
Néanmoins, les exemples de menus sont plutôt tentants même si ils sont infaisables (parce que trop peu détaillés dans leur mode de réalisation) mais je pense que le but est d’acheter le bouquin du médecin dont les menus sont extraits. Merci quand même à ce magazine car je lui dois assurément mon plus grand éclat de rire lors de ces lectures instructives : dans un des menus déjeuner, il est proposé un filet de boeuf grillé avec 3 à 5 cuillères à café (!) de pâtes et des haricots verts à la sauce tomate… Personnellement, j’ai essayé de faire tenir un penne dans une cuillère à café, ça déborde ! ou alors, il faut se mettre aux coquillettes et je pense que ça doit faire une trentaine de coquillettes !!! Là, on frise le ridicule alors je préfère penser qu’il s’agit d’une coquille(tte) à la frappe !
"Le régime est un jeu où on perd tout en gagnant"
Karl Lagersfeld
Pouvait-on attendre mieux de ce couturier bien connu pour l’androgynie de ses goûts…
Pour moi, le régime n’est pas un jeu ou alors un jeu dangereux où on perd (parfois des kilos) tout en perdant (sa santé, son temps, son argent, son latin, son bon sens, ses repères… la liste est longue !!!)
La caution d’un médecin ou mieux (!) d’un médecin nutrionniste lorsqu’on vend un régime magazine ou un nouveau bouquin miraculeux semble être un argument de poids pour crédibiliser la méthode. La question qui se pose est de savoir par quelle gymnastique les médecins ont réussi à se placer sur le créneau des régimes amaigrissants…
Il faut bien sûr distinguer les régimes amaigrissants des régimes liés à une pathologie et obligeant le patient à adapter son alimentation (maladie métabolique, cardio-vasculaire, digestive…) et ça, j’en ai parlé dans un précédent texte. Dans ce cas là, le médecin fait son travail et s’appuie sur ses connaissances médicales et la globalité de son approche pour proposer au patient les règles d’hygiène de vie et d’alimentation qui vont lui permettre d’améliorer son tableau clinique. D’ailleurs, logiquement , le médecin spécialisé – qui n’est pas un spécialiste de l’alimentation – fixe un cadre alimentaire et devrait travailler main dans la main avec un diététicien qui lui, connaît bien les aliments, les pathologies et les trucs et astuces qui vont permettre au patient de tirer le meilleur parti de son alimentation. Mais ça, ce n’est déjà pas très courant… Et ça l’est encore moins de conseiller au patient de voir un psychologue pour éviter les effets que j’ai décrit dans le texte intitulé "psychologue nutritionniste pour quels patients ?".
Ce qui l’est en revanche beaucoup plus, c’est que les médecins nutritionnistes cautionnent, valident, ou publient un régime amaigrissant dans les magazines ou les livres qui fleurissent ces jours-ci. Là où je m’étonne, c’est que lorsqu’il s’agit de perdre quelques kilos lorsqu’on est dans ce que la norme médicale considère comme un "poids normal" ou en "surpoids", voire même en "obésité" après de nombreux régimes et reprises de poids, il ne s’agit quasiment jamais d’un dérèglement organique. Or le médecin a pour mission de s’occuper de "malades" qui ont un organe ou un ensemble d’organes défaillants. Lorsqu’on parle de souhait de maigrir, on parle de comportement alimentaire, de déséquilibres des apports alimentaires, on parle d’émotions, d’affects, d’image sociale, de culture mais on ne parle pas d’un dérèglement organique… Donc celui qui souhaite maigrir n’est pas un "malade". Au même titre que personne ne considérerait comme "malade" une personne qui irait retoucher une partie de son corps en chirurgie esthétique : le patient fait un choix de changer d’apparence, et est motivé par des raisons sociales ou personnelles et non des raisons médicales… contrairement à celui qui a une pathologie qui nécessite d’autres types d’intervention chirurgicale !
Finalement, donc, on accrédite des médecins dans leurs méthodes amaigrissantes alors que leurs compétences sont ailleurs… on va continuer à voir pousser longtemps des régimes préconisants de mettre moins dans la machine (régimes hypocaloriques) et d’augmenter les dépenses (l’activité physique) pour déséqulibrer la balance énergétique… Ca paraît logique, comme ça, mais c’est ce qui fait le lit du régime yoyo et c’est considérer l’organisme comme une machinerie thermodynamique, ce qui est profondément réducteur puisque nous ne sommes pas uniquement le siège d’échanges énergétiques et thermiques mais aussi d’émotions et d’affects qui vont avoir leur influence sur la façon dont fonctionne la machine…
Changer sa façon de s’alimenter, c’est perdre un peu de sa liberté, de sa spontanéité, de son libre-arbitre. C’est changer fondamentalement de façon de vivre et le regard que les autres posent sur vous… C’est un poids quotidien, qui se répète au moins 3 fois par jour, 7 jours sur 7 et 365 jours par an.
Un jour, un médecin vous annonce que vous êtes malade et que si vous ne changez pas d’habitudes de vie (comprendre, "de manière de manger"), votre état va se dégrader et vous risquez de mettre votre vie en danger. Vous avez peut-être entendu ça parce que vous avez fait un infarctus, qu’on vous a découvert un diabète, une pathologie digestive, rénale ou que votre poids inquiète votre praticien. Le médecin vous a tendu une feuille photocopiée (plus ou moins lisible) avec une colonne : "aliments autorisés" et une autre : "aliments interdits" ou (plus fourbe) "à consommer avec modération"… Vous êtes rentrés à la maison, vous avez mis la feuille sur le réfrigérateur après que votre femme/mari en ait pris connaissance ainsi que vos grands enfants. Vous avez cherché à appliquer consciencieusement les consignes écrites, pendant un mois. Vous avez arrêté l’alcool/de fumer/repris le sport/arrêter le sport/arrêter les épices/arrêter le café/… et puis au bout d’un, deux ou trois mois, vous avez senti un immense ras-le-bol et une impression d’extrême vieillesse avant l’heure. Vous avez commencé à reprendre un peu de café, fumer une cigarette ou deux, piquer le morceau de fromage interdit ou re-saler un plat… Votre femme vous a fait gentiment les gros yeux, vos enfants vous ont dit que c’était mal et puis le ton s’est peu à peu durci et on vous a fait comprendre que vous étiez un(e) égoïste qui ne pensait qu’à lui, que vous ne les aimiez pas assez pour faire attention à vous…
Voilà le quotidien d’un patient lambda qui souffre d’une maladie qui impacte son alimentation. C’est ce patient qui mérite particulièrement d’être accompagné, entendu parce qu’il n’a pas choisi de se mettre au régime, parce que c’est parfaitement injuste alors que tout le monde trouve complètement normal qu’il se soumette au cadre imposé.
C’est ces patients là que j’accompagne et que je reçois dans mon cabinet (voir coordonnées) : je veux leur offrir un lieu où ils pourront dire leur énorme sentiment d’injustice, où leur parole pourra être entendu et où ils pourront comprendre leur traitement diététique et décider de ce qu’ils peuvent accepter ou ne pas accepter, sans culpabilité.
Samedi 10 mars 2007 à 10 heures, j’ai participé à l’émission de Michel Cymes : "Comment ça va bien… merci" sur Europe 1 qui avait pour thème : les régimes.

J’ai pu expliquer rapidement les différences entre mon approche et celle des diététiciens et médecins nutritionnistes, pour accompagner les personnes devant apprendre à adapter leur alimentation en raison d’une maladie (surpoids ou obésité, diabète, cardiopathies, pathologies digestives ou rénales…).

On a aussi parlé rapidement des régimes qui fleurissent dans les magazines… mais je n’ai pas pu dire tout ce que je voulais… Il faut vraiment que je finisse ma saga des régimes !
Notre saga des régimes de l’été continue : première approche des grands titres et on voit déjà se dessiner toute l’ambivalence des rédacteurs/trices des articles qui nous incitent de toutes manières à maigrir mais en s’inscrivant dans le discours politiquement correct de l’équilibre alimentaire…
Nous sommes le 28 février et déjà 4 titres affichent des accroches raccoleuses telles que : "spécial minceur, 7 jours pour perdre une taille" (Marie-Claire), "une taille en moins en gardant nos belles rondeurs avec le plan triple action" (Prima), "Maigrir mieux avec le nouveau régime brûle-graisses" (Top Santé), "Spécial maigrir : mangez plus, mangez mieux, vous perdrez du poids" (Votre Beauté)… A la simple lecture de ces titres, on se rend compte de l’ambivalence qui siège dans ces magazines : à la fois le souhait de ne pas se restreindre (manger plus, manger mieux, garder nos belles rondeurs) mais en même temps, perdre du poids pour atteindre le nirvana social : être mince ; et être mince, ça passe forcément par la fait de faire un régime donc… de se restreindre. C’est un truc complètement pervers parce qu’à la lecture de tout ça, on a l’impression qu’on ne peut pas sortir de ce cercle vicieux. En même temps, il est basé sur un postulat que les magazines féminins continuent à édicter comme une règle : pour vivre bien, pour être heureux, pour vivre longtemps… il faut être mince !
Je ne parle pas des magazines spécialisés : quelle n’a pas été ma stupeur de découvrir que deux titres font leur gras sur le dos de celles et ceux qui veulent en perdre : "Je vais maigrir" et "Savoir maigrir". A l’intérieur, on trouve tout et n’importe quoi, une sorte de synthèse de ce qu’on trouve en mars et avril dans les magazines féminins mais là, c’est 6 fois par an (l’un des deux est un bimestriel et l’autre, une nouveauté, premier numéro, qui sort d’on ne sait où)!!! Ahurissant parce que ça signifie que toute l’année, ils peuvent vendre un nouveau régime miracle (ou produit miracle ou méthode miracle) et que chaque mois des hommes et des femmes y croient !!!! Bon, je vais l’écrire, alors : il n’y a pas de régime miracle et il n’y a pas de miracle dans le domaine de la nutrition !
Voilà, c’est dit… En revanche, il y a une écoute à développer par rapport à soi-même, à son corps, à ses envies, à son histoire et tout ça contribue à rétablir le dialogue entre la tête et le corps et petit à petit à se réconcilier avec son corps, à stopper l’obnubilation sur les kilos, les rondeurs et les bourrelets.. qui, comme par hasard, commencent à s’effacer à ce moment là, sans qu’on n’y pense plus…
Aaah, le printemps, les températures qui s’adoucissent, les premières jacinthes dans les jardins, le mimosa et ses petites boules odorantes, les kiosques et les unes mono-maniaques des magazines…. Pour les magazines féminins aussi, le printemps correspond à une période de ponte  : celle de leurs régimes-miracles. Cette année, il semblerait que ce temps tant attendu soit un peu précoce : peut-être l’effet de la douceur de l’hiver et les températures clémentes qui nous rappellent qu’après l’hiver vient le printemps puis l’été et qu’il va falloir penser aux maillots de bains ! Pas grave si on vient de sortir des unes des mêmes magazines qui nous expliquaient qu’après les fêtes, il ne fallait pas chômer pour perdre les kilos pris par trop de gourmandises… Tant pis si ces mêmes unes sont parfois légèrement tiraillées entre différents états d’esprit : continuer à promouvoir que la minceur est la référence de beauté unique pour toutes les femmes tout en tenant un discours politiquement correct – afficher qu’il ne faut plus s’affamer et qu’il faut manger équilibré… C’est quand on entre dans le détail des pages qu’on se rend compte qu’on nous raconte tout et n’importe quoi. C’est la Cabane à Ginette : tout le monde peut y trouver quelque chose.
Durant les prochaines semaines, je vais m’employer à faire du tri parmi ce qui est écrit et porter un regard critique sur ce dont on nous abreuve.
C’est un métier, ça ?
Ca consiste en quoi exactement ?
C’est vrai que c’est une appellation qui n’est pas référencée : pas d’aoc, pas de label rouge, pas de norme Afnor… Bref, c’est un drôle d’Opni (Objet Professionnel Non Identifié) que j’ai inventé parce que ce que je fais est suffisamment peu courant pour ne pas mériter un titre officiel.
Il était une fois… j’étais une jeune fille que la médecine passionnait. Depuis toute petite, je voulais être "docteur". Las, lorsque le temps fût venu pour moi de suivre des études de médecine, je sus très vite que le métier qu’on me proposait ne correspondait pas à mes rêves. Alors…. pour garder le contact avec les gens, je décidai de faire de la psychologie. J’obtins le titre de psychologue et je travaillai pendant plusieurs années à faire parler les gens de leurs souhaits, leurs frustrations, leurs envies de changement, leurs projets… Mais un jour, quelqu’un me demanda si j’étais heureuse dans ce que je faisais. Je me rendis alors compte que je pourrais encore mieux aider les gens si je les faisais parler d’un sujet qui m’intéressait particulièrement. Je réfléchis de longs jours et de longues nuits et un matin, l’idée s’imposa à moi : après le fait d’aider les gens, ce qui m’intéresse le plus dans la vie, c’est tout ce qui touche à l’alimentation, la bouffe, le manger, la tortore. La faire, la déguster, la partager, la transmettre, la respecter, la découvrir…
Un nouveau chemin s’ouvrait à moi : devenir diététicienne pour pouvoir aider des personnes en difficulté avec leur assiette à comprendre ce qu’ils vivaient, à l’accepter et à l’assumer.
Je repris alors le chemin de l’école, usai mes culottes sur ses bancs et j’obtins le titre de diététicienne… d’où le nom de "psychologue nutritionniste" !