La saga des régimes (3) ou le business médical des régimes amaigrissants

La caution d’un médecin ou mieux (!) d’un médecin nutrionniste lorsqu’on vend un régime magazine ou un nouveau bouquin miraculeux semble être un argument de poids pour crédibiliser la méthode. La question qui se pose est de savoir par quelle gymnastique les médecins ont réussi à se placer sur le créneau des régimes amaigrissants…
Il faut bien sûr distinguer les régimes amaigrissants des régimes liés à une pathologie et obligeant le patient à adapter son alimentation (maladie métabolique, cardio-vasculaire, digestive…) et ça, j’en ai parlé dans un précédent texte. Dans ce cas là, le médecin fait son travail et s’appuie sur ses connaissances médicales et la globalité de son approche pour proposer au patient les règles d’hygiène de vie et d’alimentation qui vont lui permettre d’améliorer son tableau clinique. D’ailleurs, logiquement , le médecin spécialisé – qui n’est pas un spécialiste de l’alimentation – fixe un cadre alimentaire et devrait travailler main dans la main avec un diététicien qui lui, connaît bien les aliments, les pathologies et les trucs et astuces qui vont permettre au patient de tirer le meilleur parti de son alimentation. Mais ça, ce n’est déjà pas très courant… Et ça l’est encore moins de conseiller au patient de voir un psychologue pour éviter les effets que j’ai décrit dans le texte intitulé "psychologue nutritionniste pour quels patients ?".
Ce qui l’est en revanche beaucoup plus, c’est que les médecins nutritionnistes cautionnent, valident, ou publient un régime amaigrissant dans les magazines ou les livres qui fleurissent ces jours-ci. Là où je m’étonne, c’est que lorsqu’il s’agit de perdre quelques kilos lorsqu’on est dans ce que la norme médicale considère comme un "poids normal" ou en "surpoids", voire même en "obésité" après de nombreux régimes et reprises de poids, il ne s’agit quasiment jamais d’un dérèglement organique. Or le médecin a pour mission de s’occuper de "malades" qui ont un organe ou un ensemble d’organes défaillants. Lorsqu’on parle de souhait de maigrir, on parle de comportement alimentaire, de déséquilibres des apports alimentaires, on parle d’émotions, d’affects, d’image sociale, de culture mais on ne parle pas d’un dérèglement organique… Donc celui qui souhaite maigrir n’est pas un "malade". Au même titre que personne ne considérerait comme "malade" une personne qui irait retoucher une partie de son corps en chirurgie esthétique : le patient fait un choix de changer d’apparence, et est motivé par des raisons sociales ou personnelles et non des raisons médicales… contrairement à celui qui a une pathologie qui nécessite d’autres types d’intervention chirurgicale !
Finalement, donc, on accrédite des médecins dans leurs méthodes amaigrissantes alors que leurs compétences sont ailleurs… on va continuer à voir pousser longtemps des régimes préconisants de mettre moins dans la machine (régimes hypocaloriques) et d’augmenter les dépenses (l’activité physique) pour déséqulibrer la balance énergétique… Ca paraît logique, comme ça, mais c’est ce qui fait le lit du régime yoyo et c’est considérer l’organisme comme une machinerie thermodynamique, ce qui est profondément réducteur puisque nous ne sommes pas uniquement le siège d’échanges énergétiques et thermiques mais aussi d’émotions et d’affects qui vont avoir leur influence sur la façon dont fonctionne la machine…

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